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André LETZEL
5 décembre 2021
Pornographie

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Pornographie

Impossible définition

S'il y a un domaine où la question de la norme se pose, ou en tout cas bouscule nos principes de vie inscrits dans notre histoire personnelle et sociétale, c'est bien celui de la sexualité et du rapport à une norme ou à une pathologie. Je ne parle pas ici des troubles de la mécanique sexuelle (troubles de l'érection et de l’éjaculation ou troubles du désir et du plaisir ... ) mais plutôt de la place des conduites sexuelles, de leurs mises en acte ainsi que de leurs conséquences dans la vie quotidienne.

La période actuelle, comme tant d'autres, pose la question de la place de la sexualité (quelles qu'en soient les expressions) entre d'une part la sphère du privé, avec la quête de la nouveauté, du droit au changement et à la liberté sexuelle et d'autre part le champ psychosocial avec un cadre personnel, moral, social et culturel qui pose les limites et les interdits nécessaires à toute vie en société.

Ce cadre sera toujours perçu pour certains comme liberticide. Ces deux pôles sont évidemment nécessaires et structurants dans la construction psychique de tout-humain. Le point essentiel n'est pas uniquement d'éviter les excès en tout genre mais de construire ce qui va épanouir la sexualité et l'être qui la porte.

Depuis longtemps déjà, chercheurs, psychologues, sociologue et bien d’autres ont tenté de définir le terme de la pornographie mais aussi plus large de l’addiction sexuelle.

Il existe certes un certain nombre de définitions que l’on peut trouver ici et là, mais je parle d’un consensus, d’une mise en commun pour définir de quoi on parle quand on utilise ce terme.

Le terme en lui-même fait référence à deux mots grecs : la porneia, c'est à dire la prostitution et grapho, qui signifie l’écriture. Nous avons là une première approche, il s’agit d’une représentation, d’une forme d’écriture, de mise en image de la prostitution et de l’acte pénétrant plus précisément.

Aujourd’hui le terme est souvent défini ainsi : La pornographie désigne la représentation explicite d’un acte sexuel d’un point de vue obscène qui tend à l’excitation sexuelle du lecteur ou du spectateur.

Sont jugées comme pornographique des représentations non seulement obscènes et presque toujours méprisantes et avilissantes. Plutôt mercantiles qu’amoureuses ou romantiques. Si l’érotisme peut-être un art, la pornographie est le plus souvent un commerce.

Il n’y a pornographie que là ou il y a graphie. C'est à dire représentation écrite ou virtuelle d’un acte sexuel. L’érotisme, dès qu’il se donne en spectacle tend vers la pornographie. Le sexe devient obscène dès qu’il se montre.

L’érotisme suggère davantage qu’il ne montre ou ne montre qu’en esthétisant. Il peut donc être élégant et artistique. La pornographie au contraire montre tout et ce en gros plan. Son but est moins l’esthétique que l’efficacité. La vulgarité, la bassesse et la rentabilité font partie de son projet.

L’obscénité peut exister dans les deux cas mais plutôt sublimé dans l’érotisme et toujours exhibé dans la pornographie.

L'érotisme et moins l’art de jouir qu’un art de désirer et de faire désirer, juste que jouir du désir, du sien ou de celui de l'autre et on obtenir une satisfaction plus raffinée ou plus durable. L’érotisme c’est jouir de désirer, ou d’être désiré plutôt que de désirer jouir. Même si ces deux dimensions existent simultanément et se renforcent l’une l’autre.

Impact de la pornographie sur des adolescents

Une étude de l’Ifop de 2017 évoque 63% des garçons entre 13 et 17 ans ont déjà surfé sur un site porno et 37% pour les filles. A 15 ans c’est déjà plus que la moitié chez les garçons.

Dans mes interventions scolaires je constate un chiffre beaucoup plus élevé d’ailleurs.

Il apparaît dans d’autres études plutôt nordaméricaines, que la confrontation aux codes pornographiques amènerait les adolescents — tant les filles que les garçons — à davantage considérer la femme comme « un objet sexuel » (Peter et Valkenburg, 2007), et à modifier le rapport à leur corps, qui est alors investi sur un mode anxiogène.

Pour prendre un exemple : le poil autrefois signe de maturité est désormais jugé hautement « anti-érotique » ; l’épilation totale du pubis est la règle. Ce qui démontre l’annulation de la distinction entre les organes génitaux de l’adulte et ceux de l’enfant.

Les adolescents qui utilisent la pornographie comme source principale d’information, mentionnent par ailleurs l’impact de ce support dans leurs activités sexuelles. C'est à dire qu’ils adoptent des pratiques plus diversifiées, en miroir aux modèles véhiculés.

Les filles semblent être moins fréquemment sur du contenu pornographique, et dans mes interventions j’ai l’impression que certains y vont pour savoir de quoi les garçons parlent. Certaines se plient aux pratiques demandées de certains garçons. Un exemple est la fellation qui pour certains adolescents a été banalisée. Elle fait pour un petit nombre office de début de relation au lieu d’être un acte d’échange amoureux dans un couple et une sexualité établie.

Mais on constate en même temps, qu’ils reconnaissent les effets négatifs associés. Toujours dans cette même étude on voit que cette reconnaissance aurait un effet modérateur.

Je vois clairement une recherche de repères auprès des adolescents en matière de sexualité.

D’ailleurs, les dérives psychopathologiques et addictives apparaissent plutôt marginales, elles concernent les adolescents les plus fragiles dont l’imaginaire reste captif de cette iconographie. De même, le lien entre consommation de pornographie et agressions sexuelles à l’adolescence n’est pas clairement établi à ce jour. Mais à l’inverse il est démontré que les jeunes auteurs de violences sexuelles ont été pour la plupart sous une forte influence de la pornographie et de leurs modèles.

Tous les adolescents qui visionnent ce type d’image ne s’engagent donc pas dans des comportements sexuels transgressifs. Il faut le dire. Mais il faut quand même s’interroger sur l’impact de la pornographie sur la construction psychique de la sexualité adolescente.

Le propre du style pornographique, c’est le registre du « brut » qui domine, et par son absence d’esthétisme et de créativité, elle joue alors une fonction d’anti-fantasme de «voleuse de rêves».

La différence de l’image par rapport à la parole est que l’image se fixe dans le psychique. Elle ne permet pas d’élaborer comme peut le faire la parole.

Prenez par exemple un film que vous regardez au cinéma et seulement après, vous lirez le livre. Toutes vos représentations seront fixées par le film. A l’invers, si vous lisez le livre, votre psychique va se créer ses propres représentations des personnages et des lieux. C’est un processus beaucoup plus dynamique.

Les images sexuelles directes provoquent donc des fixations précoces et accentuent la coupure entre les modalités du plaisir et font perdre au fantasme une partie de sa capacité à les articuler.

Elles captivent la fantasmatique sexuelle de l’adolescent, qui risque de rester sur la conviction qu’elles sont vérité et réalité.

Alors que l’imaginaire, et donc la pensée, occupe une grande place dans les relations amoureuses et sexuelles, la pornographie les réduit aux sexes (visibles, réels) et à un acte envisagé sous l’angle de la performance sans inclure toute dimension affective. C’est la possibilité même de penser, de rêver la sexualité qui est ici annulée,

Une des zones érogènes, spécifique de la puberté est l’oeil. Même si l’objet sexuel est à distance, la vue excite et stimule.

La vue se conçoit dès lors comme un dérivé du toucher. . . toucher des yeux l’objet sexuel produit chez l’adolescent une excitation libidinale, préalable à la réalisation du but sexuel. Nous pouvons considérer que la pornographie détourne, ou pervertit en quelque sorte le plaisir des yeux.

Point de préliminaire à l’égard de l’objet sexuel, l’« autre »dans la pornographie n’est nullement reconnu comme sujet (pourvu d’une histoire, d’affects, de fantasmes. . .), il n’est qu’une « chose » au service d’une jouissance qui ne se conçoit que dans la violence.

La pornographie se situe en effet au croisement de la sexualité et de la violence qui caractérisent certes les épreuves initiatiques chères à l’adolescent, mais qui s’affichent ici dans le mépris de la relation et de la culture.

Dans la pornographie, les actes sexuels tels qu’ils sont montrés sont et font violence. La violence crue s’est substituée à la brutalité structurante du désir, car tout désir contient un potentiel de violence qui va en quelque sorte être sublimé dans la rencontre affective avec l’autre.

Mais justement dans le voir pornographique il n’y a aucune trace de sublimation, de création de quelque chose de l’ordre de l’affect.

Deux exemples : rencontre avec X dans l’enfance - conséquences adultes - crises d’angoisses

Quand la rencontre avec le porno est trop précoce elle peut provoquer chez certains un vrai traumatisme.

Pour résumer : Il est tout à fait normal qu’un adolescent s’intéresse aux questions de la sexualité. Il cherche à assouvir sa curiosité. Alors c’est aux adultes, de proposer par la parole un moyen qui permet aux adolescents de construire petit à petit leur propre mode fantasmatique. La sexualité est liée à l’autre. Permettons alors à nos jeunes d’apprendre les codes de respect et du consentement qui permettent par la suite une réelle découverte qui elle va pouvoir permettre une création d’un script sexuel pour chacun selon son rythme et celui de sa partenaire.