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André LETZEL
5 décembre 2021
Pertinence du rapport Sauvé

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Pertinence du rapport Sauvé

Quelle pertinence du rapport « Sauvé » pour les églises évangéliques ?

Déjà avant sa publication le mardi 5 octobre 2021 il a fait parler de lui. Le président de la CIASE (Commission indépendante sur les violences sexuels dans l’église catholique), Jean Marc Sauvé était sur les plateaux de télévision pour présenter les résultats de ce travail pharamineux.

Les chiffres donnent le tournis : plus de 200’000 victimes dont une écrasante majorité de garçons pubères et prépubères entre 1950 et 2020. Ainsi les violences sexuelles dans l’église catholique deviennent le deuxième lieu de violences sexuelles après le cadre intra-familial.

Les faits sont inqualifiables. Les victimes ont du composer avec leurs traumatismes et construire une vie détruite par des religieux ou des laïcs au service de l’église. Ce qui me interroge particulièrement c’est le silence, cette chape de plomb qui a banalisé et étouffé des crimes et qui a ainsi protégé davantage les auteurs et l’institution au lieu de protéger ceux et celles qui sont au coeur du message de l’évangile : les plus petits, les plus fragiles, ceux qui ont besoin d’être protégés.

Dans une première partie, intitulée « Faire la lumière », la commission présente l’état des lieux du phénomène des violences sexuelles sur mineurs et personnes vulnérables perpétrées dans l’Église catholique en France, de 1950 à nos jours.

§0104 Cette première partie, s’ouvre par une évocation du vécu des personnes victimes et se clôt par la présentation et la mise en perspective des résultats auxquels la commission est parvenue. Ceux ci donnent une estimation du nombre de victimes, alors mineures, d’agressions sexuelles com mises par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses, qui s’établit à 216 000 personnes parmi les majeurs résidant aujourd’hui en France

Le rapport poursuit dans une seconde partie appelé « Révéler la part d’ombre » pour établir le diagnostic porté par la commission.

Une des résultantes de l’étude est la « caractérisation de la dimension systémique du phénomène des violences sexuelles sur mineurs et personnes vulnérables perpétrées dans l’Église au cours de la période étudiée ». Le rapport poursuit l’ambition de déterminer, et de faire comprendre, ce qu’il peut y avoir de spécifique au sein de l’Église catholique qui permette sinon d’expliquer, du moins de rendre compte de l’ampleur des violences commises et de la manière dont ces cas ont, ou non, été traités lorsqu’ils étaient signalés ou découverts.

A ce stade du rapport, la commission a formulé un certain nombre d’observations qui invitent l’Église à se poser, sur elle même, certaines questions fondamentales.

Après avoir posé le diagnostic le rapport expose dans une troisième partie intitulée « Dissiper les ténèbres », une série de recommandations destinées à éviter que les drames dont ce rapport est tissé ne se reproduisent.

Voici en en résumé le rapport.

En quoi ce document et les témoignages dans les annexes (« De victimes à témoins » 208 pages) pourrait-il être pertinent pour les églises évangéliques, mais aussi pour tous celles et ceux qui ont en charge des mineurs, pour les pasteurs et autres responsables spirituels?

La lecture du rapport fait émerger plusieurs pistes :

Le poids du traumatisme

Le rapport de la CIASE démontre à quel point le fait traumatique d’une violence sexuelle est un cataclysme dans la vie de la victime et peut avoir des conséquences lourdes et durables et ainsi devenir un véritable handicap.

L’institution « Eglise » et bon nombre de ses acteurs n’ont pas pu ou voulu tenir compte de la gravité de ces traumatismes ce qui les a renforcé.

Inclure dans des projets de formation une approche psychologique et sexologique qui expose les mécanismes d’un traumatisme, comme l’a fait Muriel Salmona dans plusieurs de ses publications sur le trauma et la dissociation, me semble une nécessité absolue.

La notion de santé sexuelle est plutôt inconnu dans le paysage évangélique ce qui témoignerait d’un manque de prise en compte des textes de références de l’OMS.

La sexualité reste encore trop souvent un sujet tabou dans la foi chrétienne et ses différentes expressions (catholiques, protestants évangéliques etc.). La notion de santé sexuelle semble inconnu.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

« La santé sexuelle est un état de bienêtre physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité, ce n’est pas seulement l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination et ni violence. Pour atteindre et maintenir une bonne santé sexuelle, les Droits Humains et Droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés ».

La première Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 a été lancée en 2017. Elle définit à l’horizon 2030 les grandes orientations nationales, partagées au niveau interministériel, en faveur d’une meilleure santé sexuelle.

Ainsi il me semble pertinent de proposer, en direction de tout ceux et celles en contact avec des mineurs, une formation qui introduit les bases de la notion de santé sexuelle afin de sensibiliser les différents acteurs de terrain aux enjeux du développement psycho-sexuel de l’enfant. Ces actions pourront poser les pierres pour une compréhension plus juste et un vécu épanouissant de la sexualité comme le définit l’OMS.

La culture du silence

Le rapport « Sauvé », à travers les nombreux témoignages, a mis en évidence une culture du silence qui a rajouté de la souffrance aux vécu traumatique des personnes victimes.

Faire taire ce que les victimes mineurs on vécu devient dès lors une protection des auteurs. Cela n’est pas uniquement valable pour l’église, mais dans chaque association, institution prestigieuse, le danger est réelle d’étouffer des crimes sexuelles par peur de perdre une renommée.

L'article 434-3 du code pénal prévoit que « toute personne ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d'atteintes sexuelles infligés à un mineur de 15 ans s'expose à des sanctions pénales s'il n'en informe pas les autorités judiciaires ou administratives ».

Pour aider les professionnels, le gouvernement met à la disposition plusieurs outils dont ce guide, téléchargeable ici :

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2014_guide_juridique_agir_contre_la_maltraitance_leger_1_.pdf

Environ la moitié des victimes d’inceste n’en parlera jamais. Mais en même temps souvent, dés lors les actes sont révélés, les auteurs cessent le passage à l’acte. Le secret qui est entretenu par le silence favorise l’inceste et l’inceste favorise le secret.

Le site info-trauma.org pourrait fournir un certain nombre d’informations pour approfondir le sujet.

Le besoin de formation des pasteurs et responsables d’église, de scout etc. qui ont en charge des mineurs pour mieux connaître le développement psycho-sexuel de l’enfant et pour aussi mieux repérer, signaler et ensuite mieux prendre en charge les enfants victimes.

Comme évoqué plus haut, la formation à la santé sexuelle, l’enseignement du développement psycho-sexuel de l’enfant et de l’adolescent et une sensibilisation au repérage des enfants victimes de violences sexuelles devrait faire partie d’une telle formation. Une telle formation, j’ose croire, permettrait aussi de démystifier la sexualité.

Le contenu de la formation elle même pourrait être plus ouvert aux sciences humaines, dispensé par des experts aux profils plus variés qu’actuellement, et mettre davantage l’accent sur les enjeux du développement et de l’affectivité des enfants et des jeunes, sur le droit ainsi que sur l’importance de l’esprit critique, au regard des questions d’autorité et d’obéissance.

La besoin criant de détabouiser la sexualité humaine et par la même réfléchir à une prise en charge des auteurs des violences sexuelles. Si on part du constat que un certain nombre d’auteurs ont été eux même victime, cela pose la question d’une défaillance de la prise en charge des victimes à un moment du parcours.

Marquée par l’expérience traumatisante de violence et de silence vécue par les personnes victimes qui se sont adressées à la commission Sauvé, dont certaines parlaient pour la première fois, et dont bon nombre étaient, pour la première fois, dûment écoutées et reconnues comme victimes, la commission a souhaité rendre compte, d’abord et avant tout, de leurs traumatismes et de leurs parcours, à la fois en se laissant instruire par leurs récits, et en rappelant ce que la littérature scientifique donne à comprendre des conséquences au long cours des agressions sexuelles subies, en particulier dans l’enfance ou l’adolescence.

Le travail effectué par la CIASE n’a pas seulement permis une prise de conscience d’une réalité souffrante, elle donne aussi des perspectives auxquelles nous sommes tous convoqués.

Nous, chrétiens évangéliques, donnons nous le courage de nos ambitions de vouloir être sel et lumière dans ce monde !

André Letzel

Sexologue, conseiller conjugal et familial, psychanalyste

Membre du CA de l’AIUS (Association interdisciplinaire postuniversitaire de sexologie)

Membre de l’ESSM (European society of sexual medecine)

Membre du RESAM (Réseau évangélique de soutien au ministère)